Les Archives

Fermer Le service éducatif

Fermer Les documents

Les dossiers en ligne

Fermer 1804-1815 : Napoléon, I

Fermer 1804-1815 : Napoléon, l'Empire et les hommes

Fermer 1851 : Les évenements du 2 décembre en Ardèche

Fermer 1862 : la voie de chemin de fer Privas-Le Pouzin-Livron

Fermer 1905 : Loi de séparation des Eglises et de l'Etat

Fermer 1914-1918 : regards décalés

Fermer 1944 Images de la Libération en Ardèche

Fermer 1945 : le monde après Hiroshima et Nagasaki

Fermer 1945 : retour des prisonniers de guerre et des déportés

Fermer 1945 en Ardèche

Fermer Les savants en Ardèche

Fermer Dossiers élèves

Fermer Transformations des paysages urbains, exemple de Privas

Recherche



Visites

 121317 visiteurs

 3 visiteurs en ligne

1914-1918 : regards décalés - De la « guerre en dentelles » à la charpie des hôpitaux militaires

intérêt des documents

Carte postale expédiée pendant la 1ère guerre mondiale : « C'est péril de mort pour quiconque y touche… »
Les accents de la Marseillaise retentissent de la mise en scène de cette carte postale dans laquelle « ces féroces soldats viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes ». C'est d'ailleurs ce qui a pu faire tenir les hommes confrontés à l'enfer du front. Pour de nombreux mobilisés fiancés, mariés, pères de famille, la protection des siens était une motivation suffisante. Famille mais aussi patrie symbolisée par le drapeau montré par le jeune enfant, il faut exalter le patriotisme d'une nation en lutte pour sa liberté.
L'utilisation détournée de ce document permet de porter la réflexion sur le sort des populations civiles lorsque l'avance des troupes ennemis contraint les défenseurs à se replier. Le souvenir des « atrocités allemandes » commises en Belgique et en France du Nord est resté dans les mémoires. En août 1914, les troupes allemandes pénètrent en Belgique. Craignant une résistance meurtrière, la psychose aidant, la ville de Dinant est livrée aux flammes pendant que plus de 600 civils sont fusillés. En 3 mois près de 6500 habitants de Belgique et de France du Nord seront ainsi passés par les armes. Cette violence n'a jamais été niée par l'Etat-major allemand. Un autre aspect du conflit longtemps ignoré mais assez fréquent en temps de guerre mérite d'être signalé : le viol des femmes. Stéphane Audouin-Rouzeau dans son livre l'enfant de l'ennemi (1914-1915) paru en 1995 en a étudié les conséquences sociales et psychologiques. Ces violences sexuelles rendues possibles par la désagrégation des normes de la société en période de guerre seraient aussi un moyen d'humilier l'ennemi en s'appropriant le corps de sa femme ou de ses filles, mettant ainsi en évidence l'impuissance des vaincus qui ont été incapables de défendre leurs territoires et leurs compagnes.

La fin du pantalon rouge, article paru dans le journal d'Aubenas en date du 8 janvier 1916.
Cette carte postale et cet article de journal sont étonnants. Destinés à des lecteurs de « l'arrière » ils apparaissent comme complètement déconnecté de la brutalité meurtrière du front. L'observation de l'équipement des militaires permet de dater cette carte dans les tous premiers mois du conflit. En effet le képi et le pantalon d'uniforme de l'infanterie française de couleur rouge garance ont été remplacés dés avril 1915 par l'uniforme bleu horizon. On peut donc s'étonner de la rédaction d'un article sur « la fin du pantalon rouge » en janvier 1916.
Au début de la guerre l'équipement des soldats français n'est donc pas du tout adapté à la réalité des combats. Les nouveaux moyens de destruction de masse mis à disposition des armées obligent les militaires à revoir leur manière de faire la guerre. Il est vrai que les uniformes de l'infanterie française en 1914 n'avaient pas changé depuis les années 1870 : pantalons rouges et képis face aux Mauser allemands, des fusils à répétition qui tirent précisément jusqu'à 600 mètres. Les fantassins, baïonnette au canon, avançant en rangs serrés, les charges héroïques de la cavalerie, sabres au clair, qui décidaient parfois de l'issue d'une bataille sont à reléguer dans les souvenirs des guerres de « l'ancien régime ». Les mitrailleuses, symboles de cette guerre industrielle, posées sur un trépied ont maintenant une cadence de feu de 400 à 600 projectiles par minute. Erick Hobsbaum dans son livre l'Âge des extrêmes souligne que la bataille de la Somme faucha 60 000 britanniques dès le premier jour de l'attaque. [HOBSBAUM Eric, L'Âge des extrêmes, histoire du Court XXe siècle 1914-1991 p 49]. Pour échapper à cette puissance de feu, les hommes s'enterrent : les tranchées font leur apparition. Ces réseaux s'étendent sur le front occidental sur près de 700 kilomètres et les batailles s'éternisent, le symbole en étant la bataille de Verdun.
Dans cette guerre de position, il faut conquérir le terrain mètres par mètres, tranchées après tranchées et tenir la place conquise. Le scénario est bien rodé. Dans les jours précédant l'offensive, selon la tactique : « l'artillerie conquiert, l'infanterie occupe », les bombardements s'intensifient et peuvent durer plusieurs jours et plusieurs nuits. Des tonnerre de feu, et des « orages d'acier », selon l'expression d'Ernst Junger, s'abattent sur les lignes ennemies. Ainsi en l'espace d'une semaine, du 23 juin au 1er juillet 1916, plus d'un million 500 000 obus sont tirés sur le front de Verdun. Lorsque l'artillerie se tait, les coups de sifflets retentissent pour l'assaut de la tranchée adverse. Le fantassin escalade le parapet, franchit en courant le no man's land balayé par les tirs de mitrailleuses en espérant que les réseaux de fils de fer barbelés aient été écrasés par l'artillerie. Tout autour de lui il perçoit les bruits sourds des balles qui traversent les chairs de ses compagnons, il voit les corps qui s'effondrent, une seule chose lui importe : arriver coûte que coûte à la tranchée d'en face pour « la nettoyer ».

Le soldat n° 64. Extrait d'un carnet de santé d'un soldat mobilisé comme infirmier sur le front de l'Est en décembre 1914. Archives personnelles Eric Darrieux.
Le document du soldat n°64 décrit les multiples blessures infligées par éclats d'obus et la pharmacopée utilisée pour soulager ses souffrances. Ce jeune soldat a été blessé dans la région de Sainte-Menehould sur l'Aisne dans la Marne. Examiné à 9h le 17 avril 1915, il décède à 16 heures le même jour à l'hôpital de Vienne-Le-Château. L'infirmier qui l'a accueilli a recensé les blessures faites par les projectiles. Elles ont peut-être été provoquées par les billes d'acier des obus explosant en hauteur : les shrapnels du nom de ce général anglais Shrapnell, (1761-1842) qui inventa cet obus utilisé, d'après Littré, pendant le siège de Dunkerque en 1795. Certains projectiles ont littéralement traversé le corps : blessure en séton de la région dorsale du thorax, de la cuisse gauche. Les soins employés dans l'urgence pour soulager le blessé semblent dérisoires : pansement appliqué après 1 comprimé extrait d'opium. Les usages médicaux de l'opium sont connus depuis l'Antiquité pour ses vertus dormitives et analgésiques. L'opium est extrait du pavot, Papaver somniferum. Des capsules incisées de la plante s'échappe un latex blanchâtre qui se coagule et brunit à l'air : l'opium. La principale substance active de l'opium est la morphine, nom donné par son découvreur en 1816 le pharmacien allemand F.W Sertürner et qui évoque Morphée, le dieu du Sommeil et des Songes. Généralement la morphine est prescrite sous forme injectable. Par son action analgésique, elle supprime l'appréhension chez le malade et lui permet ainsi de mieux tolérer la douleur ressentie. On peut alors s'interroger sur l'efficacité d'un comprimé à extrait d'opium destiné à soulager la souffrance causée par tant de blessures.

Photographie d'un blessé amputé du bras à l'hôpital militaire de Tournon. Fonds Deschanel, première guerre mondiale, Archives départementales de l'Ardèche
Récupérer les blessés sur le champ de bataille en l'absence de cessez-le-feu était une opération très risquée. [voir en annexes la lettre de Désiré-Edmond Renault extraite de Paroles de poilus, Librio, p 27]. Les conditions d'évacuation, parfois sous les tirs adverses, sont lentes et les chirurgiens ont dû se rapprocher le plus possible des lignes de front et improviser des hôpitaux militaires de campagne de fortune dans des granges, des hôtels voire dans des églises. Tel n'est pas le cas ici. Le blessé a été transféré à l'arrière. Le personnel hospitalier se compose de médecins militaires et de religieuses. Ces dernières ont aussi souvent œuvré à proximité des zones de combat. [Voir en annexes le témoignage de Désiré Edmond Renault].
Le blessé a été amputé d'un bras. Les chirurgiens militaires avaient recours à ce procédé pour éviter la propagation de la gangrène. La lenteur des délais d'évacuation des blessés favorisait le développement de cette infection. Les progrès de la médecine autorisent l'usage de l'anesthésie à l'éther connu depuis les années 1850. L'habileté des chirurgiens permet de pratiquer l'opération en quelques minutes. Claude d'Allaines chirurgien des hôpitaux de Paris, professeur à la faculté de médecine, note qu'au temps des guerres de l'Empire, le chirurgien de Napoléon, Jean Dominique Larrey, amputait une cuisse en quatre minutes, un bras en douze secondes. ). [Encyclopédie Universalis, article chirurgie].
L'état sanitaire de l'hôpital militaire de Tournon peut surprendre. Du linge traîne par terre, seuls deux membres du personnel médical semblent porter une blouse. Pourtant les travaux de Louis Pasteur (1822-1895) ont montré que l'air atmosphérique pouvait véhiculer des germes microbiens qui pourraient être la cause d'infections postopératoires nouvelles. Les techniques d'asepsie qui en résultèrent favorisaient en conséquence l'utilisation d'instruments, de bandages, de linges stérilisés par la chaleur mais aussi une attention particulière à l'hygiène : tout devait être méticuleusement propre. Dans les chambres d'opération le personnel devait porter des gants en caoutchouc, des blouses médicales et des chaussures spéciales pour éviter de véhiculer les microbes de l'extérieur.


Date de création : 21/10/2005 @ 09:46
Dernière modification : 21/04/2009 @ 15:54
Catégorie : 1914-1918 : regards décalés
Page lue 1834 fois


Prévisualiser Prévisualiser     Imprimer l'article Imprimer l'article


^ Haut ^