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La chanson Le Pinard et L'Alarme affiche du Comité d'Action contre l'alcoolisme.
Dans les images d'Epinal de la Grande Guerre, le « pinard » occupe une place de choix et passe pour l'un des auxiliaires de la victoire. Ce mot désigne le vin ordinaire, le « gros rouge qui tâche » : la boisson des poilus que l'on préfère servi par la Madelon. La croyance aux vertus thérapeutiques du vin est clairement affirmée dans la chanson. Le vin donne de la force, il permet de retrouver santé et vigueur mais surtout il peut inhiber les peurs au moment de monter à l'assaut.
Si le vin fait partie de tous les actes festifs ou cérémoniels de la société : du repas de famille aux célébrations liturgiques - l'Académie de médecine en 1915 définit les normes de consommation aux alentours de 50 à75 centilitres par repas - la consommation d'alcool de fruits ou de grains est présentée comme un fléau national. A la veille de la 1ère Guerre mondiale, les statistiques de l'INED évaluent la consommation d'alcool pur aux alentours d'une trentaine de litres par an et par adulte. Le symbole de cet alcoolisme social est associé à la consommation d'absinthe, une liqueur de couleur verte qui se prépare selon un véritable cérémoniel. Fléau national « l'alcoolisme fait le lit de la tuberculose », conduit à l'asile ou à la prison. Dans le langage parisien des années 1880, l'absinthe est appelée « une correspondance », signifiant une « correspondance pour l'asile d'aliénés de Charenton ». L'ivrogne, buveur d'alcool, est représenté comme un être violent à l'image de Coupeau, ce personnage du roman d'Émile Zola qui dilapide l'argent du ménage à l'Assommoir.
La lutte contre l'alcoolisme ne date pas de l'après-guerre. Dès la fin du XIXème siècle des ligues antialcooliques se sont élevées contre les méfaits de l'alcool. La Ligue nationale contre l'alcoolisme s'est mise en place dès 1905. Elle publie une revue mensuelle et mène des campagnes de sensibilisation soutenue par L'Académie de médecine. Après guerre, les campagnes antialcooliques vont pouvoir insister sur le côté émotionnel, on y associe maintenant l'image de l'envahisseur au casque à pointe et armé du Mauser. Le président d'honneur du Comité d'Action est Raymond Poincaré, le président de la République des années de guerre, partisan, après-guerre, d'une politique de fermeté vis à vis de l'Allemagne « qui doit payer ». La défense de la patrie en incombe maintenant aux femmes, épouses et mères de famille « en souvenir des blessés et des morts glorieux pour la Patrie ». Dans cette lutte elles doivent être les auxiliaires des « hussards noirs de la république », ces instituteurs qui, au cours de leur leçon de morale, sensibilisent les jeunes générations à ce fléau social.
En conclusion la question de l'après-guerre peut être abordée. « Plus jamais çà ! ». Le traumatisme de cette Grande Guerre pèsera sur la vie politique de la France dans les années 20 et 30. Quel dédommagement proposer pour toutes ces vies brisées ? Pour les mutilés, les invalides, ceux qui ont été défigurés, se pose aussi le problème de leur réinsertion dans leur vie familiale, sociale et professionnelle.