l'arrivée des troupes françaises à Privas le 1er septembre 1944
Cette lettre d'informations à la population privadoise est datée du 28 août 1944 soit trois jours avant l'arrivée des troupes françaises à Privas. Le général De Gaulle y apparaît nettement comme le représentant de l'autorité militaire.
Il y fait allusions à des « atrocités allemandes » dans certaines localités de la vallée du Rhône. Le 5 juillet 1944, après plusieurs actions de la Résistance ardéchoise dans la région de Tournon, quatre agents de la Gestapo sont envoyés à Tournon et menacent de fusiller 15 habitants par jour pendant 15 jours. Le 6 juillet ; la menace est mise à exécution et sept habitants de Tournon sont fusillés à titre d'otages. (Source Louis-Frédéric Ducros, Montagnes ardéchoises dans la guerre p 177). A Baix, le 22 août, 18 hommes pris au hasard dans la population sont passés par les armes. La plupart de ces exactions sont commises sur la route de la retraite des armées en déroute.
Une autre allusion concerne des « mesures de dispersion de la population au cas ou certaines menaces qui n'existent d'ailleurs pas actuellement, seraient envisagées par l'autorité militaire ». Pour contrer les actions de la Résistance, le 1er août 1944, le général Kitzinger, Commandant militaire de la France occupée a envisagé « la déportation de tous les Ardéchois mâles de 16 à 55 ans, exceptés les médecins ». (Source Louis-Frédéric Ducros, Montagnes ardéchoises dans la guerre p 264).

Þ Ces photos de l'arrivée des troupes françaises à Privas ont été prises par Jean Oisel. Cet enseignant originaire de Bretagne est arrivé à Privas en 1929. Sa passion pour la photographie et son intérêt pour l'histoire locale l'ont conduit à fixer sur la pellicule ses scènes de rue de la Libération. Le fonds photographique de Jean Oisel conservé aux Archives départementales de l'Ardèche se compose de plusieurs dizaines de milliers de clichés, témoignages rares sur la vie et l'histoire ardéchoises dans les années trente et l'immédiat après-guerre.
Il s'agit ici des troupes qui composent la 1ère Armée française et qui ont débarqué en Provence le 15 août 1944. (Pour plus d'informations voir partie I Le point sur le sujet). La libération de Privas s'est faite en réalité une quinzaine de jours avant lorsque les FFI (AS + FTPF) ont investi la ville « à la grande stupeur et à la grande joie des Privadois ».
Voici comment Pierre Fournier, chef de l'AS départementale, raconte les événements du 12 août 1944 dans sa communication faite en juin 1994 au Colloque de Privas sur le thème de la Résistance et la Libération en Ardèche :
« Nous avons donc mené une guerre psychologique. Nous avons encerclé Privas (Vous savez que 6 ou 7 routes arrivent à Privas de diverses directions, nous les avions barrées, rendues difficiles à franchir même pour des engins puissants et on les gardait). La garnison allemande était ainsi prisonnière. Le sentiment d'insécurité qu'elle pouvait commencé d'éprouver, nous l'avons renforcé en faisant sauter, quelques jours après, une arche du viaduc d'Alissas alors qu'un train de 45 wagons chargés jusqu'à la gueule de produits du pillage réalisé par les Allemands, (il y avait jusqu'à des radiateurs de chauffage provenant de l'hôpital psychiatrique) s'y engageait. Le train s'est trouvé bloqué en gare de Privas, ce qui a augmenté leur désarroi. Le vendredi 11 Août, notre ami René Calloud qui était à ce moment-là le chef militaire de notre Etat-Major a eu l'idée d'envoyer un ultimatum au colonel allemand.Là, c'est presque de l'humour. On a envoyé un ultimatum par téléphone, car d'Aubenas on téléphonait à ces Messieurs : " Allo, Mademoiselle ? Pouvez-vous me passer la Kommandantur ?" et on avait la Kommandantur. C'est curieux, mais c'est ainsi. On a donc communiqué un ultimatum qui l'avertissait d'abord qu'il était entouré de forces infiniment supérieures; on lui demandait de venir opérer sa reddition au Ruissol avec ses troupes désarmées, les bras en l'air, suivis de camions portant leurs armes. Nous savions exactement ce qu'ils faisaient car nous avions piqué la ligne. Le colonel allemand a donc dit: « Je viens de recevoir une communication assez extraordinaire ». Et il a raconté à l'autre ce que je viens de dire. Réponse de l'autre colonel: « Moi, je ne peux rien pour vous. Si vous voulez foutre le camp, je vous envoie une petite colonne de 7 à 8 véhicules blindés et à leur abri vous tâcherez de vous en aller ».Contre des automitrailleuses blindées nous ne pouvions pas grand-chose. Le vendredi, René Calloud me dit de prendre un élément assez fort pour descendre au Ruissol recevoir les Allemands s'ils viennent se rendre. Arrivés au Ruissol, on a installé notre matériel: Fusils mitrailleurs, deux ou trois mitrailleuses dont une lourde, et on a attendu. Nous sommes arrivés vers 11 heures, le soir on n'avait rien vu venir. Nous sommes rentrés à Grange-Madame vers 23 heures. Mais dans la soirée de vendredi, la colonne blindée annoncée par le colonel de Valence était arrivée. Elle avait essuyée le feu de nos éléments qui étaient le long de la route de Chomérac, elle était passée par Brune et Chomérac. Le lendemain dans la matinée ces Messieurs ont chargé tout ce qu'ils ont pu, en particulier ils ont emmené le Procureur de la République de Privas et un certain nombre d'armes. Tout cela est parti ; ils ont été accrochés, ont eu des pertes. Privas était libéré. Le soir on installait un préfet provisoire de la Libération, après avoir prié, Monsieur le Préfet, un de vos prédécesseurs de prendre sa valise et de s'en aller. Il ne demandait pas mieux ce jour-là, très content de s'en tirer ainsi! Ainsi la Libération de Privas se terminait le 12 Août au soir. A 15 heures les unités F.F.I. entraient dans Privas à la grande stupeur et à la grande joie des Privadois. Cette occupation survenue 9 jours avant le débarquement et les conséquences qu'elle entraîna dans la gestion administrative du département furent pendant une quinzaine occultées par les tentatives de remontée par les unités allemandes cherchant à regagner rapidement leurs bases nationales. Il allait s'en suivre de très sérieux combats qui aboutirent à la libération effective de notre département à peu près à l'instant ou les unités de la 1ère Armée Française abordaient le sud de celui-ci […].
A noter : les forces allemandes stationnées dans la caserne place du Champ de Mars à Privas se composent de 300 hommes. Elles sont renforcées le 12 août par l'arrivée d'un millier d'hommes en provenance de Valence. Les Allemands désertent la préfecture et vont s'installer à Tournon. A Privas, la chasse aux collaborateurs commence. Certains sont exécutés, des femmes sont tondues en place publique.
Les ultimes combats pour la libération du département se déroulent fin août sur la route D 224 qui relie Lussas à Privas en passant par Darbres et Freyssenet. Une colonne de plusieurs milliers de soldats allemands en déroute est attaquée par les FFI.
La Libération de l'Ardèche aurait fait près de 2 700 victimes ardéchoises dont 500 FFI.